Être ou ne pas être une cellule cancéreuse ?

Être ou ne pas être une cellule cancéreuse ?

Être ou ne pas être une cellule cancéreuse ?

Saviez-vous que les cellules cancéreuses sont au départ des cellules normales ? Mais alors, comment une cellule saine peut-elle devenir pathologique ? Nous allons voir que ce processus consiste en l’acquisition par la cellule d’un certain nombre de capacités : on parle de transformation tumorale. La cellule cancéreuse devient alors un ennemi redoutable pour le corps humain.

Pour comprendre le mécanisme de transformation tumorale, nous vous proposons de vous intéresser au travail de deux grands scientifiques qui ont proposé en 2000 un modèle commun à toutes les cellules tumorales qu’ils ont publié dans l’article scientifique The Cell. Celui-ci, présenté ci-dessous, est connu sous le nom de modèle de Hanahan et Weinberg.

Tout d’abord, revenons sur la vie d’une cellule normale. Celle-ci est définie par le cycle cellulaire, composé de plusieurs phases au cours desquelles la cellule grandit jusqu’à pouvoir se diviser en deux cellules filles. Ces différentes phases sont coordonnées par des signaux à la fois internes et externes à la cellule qui leur ordonnent par exemple de se diviser lorsque l’organisme en a besoin (croissance ou réparation cellulaire notamment). Contrairement aux cellules saines, une cellule tumorale devient capable de se diviser même en l’absence de ces signaux. Elle met en place des programmes particuliers lui permettant de se multiplier indéfiniment, Hanahan et Weinberg parlent d’autosuffisance en signaux de croissance. De plus, elle se met même à résister aux signaux lui donnant l’ordre d’arrêter de se multiplier et y devient donc insensible.   

En temps normal, le corps est bien fait et met tout en œuvre pour préserver son intégrité. C’est dans cette optique que, lorsqu’une cellule présente des anomalies, qu’elle est mal localisée ou qu’elle est en excès, elle déclenche des signaux qui aboutissent à sa propre mort. On parle alors de mort programmée ou d’apoptose. Toutefois, la cellule tumorale est sournoise et inactive ces signaux. Ainsi, elle persiste malgré le fait qu’elle présente des mutations. C’est comme ça que le cancer s’installe. 

De plus, les scientifiques Douglas Hanahan et Robert Weinberg soulignent que la cellule tumorale produit des signaux qui attirent les vaisseaux sanguins : ces vaisseaux vont pénétrer la tumeur par angiogenèse (formation de nouveaux vaisseaux sanguins), et vont lui fournir l’oxygène et les nutriments dont elle a besoin pour fonctionner. Cela va permettre à la cellule de gagner du terrain : contrairement aux cellules normales qui se contentent de rester dans un territoire bien défini de l’organisme, les cellules tumorales sont capables de migrer hors de leur site d’origine pour donner des cancers secondaires. C’est ce qu’on appelle les métastases.

D’autres caractéristiques des cellules tumorales ont été identifiées plus tard et sont venues enrichir ce modèle. Par exemple, les cellules tumorales sont capables d’échapper au système immunitaire, normalement chargé d’éliminer toute cellule anormale potentiellement dangereuse pour l’organisme. En fait, les cellules cancéreuses présentent des antigènes tumoraux qui les distinguent des cellules saines et permettent d’induire une réponse immunitaire. Cependant, au cours de la progression de la maladie, les cellules cancéreuses cessent d’exprimer certains antigènes tumoraux ce qui leur permet donc de ne plus être repérées par le système immunitaire. 

Les cellules cancéreuses sont également capables de produire de l’énergie beaucoup plus efficacement que les autres cellules. Les cellules normales produisent de l’énergie essentiellement grâce à l’oxygène, par ce qu’on appelle l’oxydation de substrats. Cependant, les cellules cancéreuses ont besoin de plus d’énergie pour pouvoir se multiplier continuellement. Elles vont donc reprogrammer leur système de production d’énergie. Selon un modèle décrit sous le nom d’effet Warburg, les cellules cancéreuses utilisent principalement la glycolyse, c’est-à-dire le glucose, pour produire de l’énergie. Ce processus apporte normalement moins d’énergie que l’oxydation, cependant une mutation permet d’apporter plus de glucose aux cellules cancéreuses et donc de produire plus d’énergie par glycolyse. En utilisant à la fois la glycolyse et le système d’oxydation, ces cellules augmentent donc leurs capacités à produire de l’énergie.

Enfin, les cellules cancéreuses sont très instables et peuvent donc continuer de se modifier sans cesse, acquérant encore de nouveaux avantages, ce qui complique le travail des chercheurs et des cliniciens.

Ainsi, une série de mécanismes interviennent dans la transformation tumorale et permettent de passer de n’importe quelle cellule saine à des cellules cancéreuses particulièrement bien armées pour envahir le corps humain. Heureusement, la plupart des mutations génétiques à l’origine des cancers sont réparées à temps par notre organisme, évitant la formation d’un grand nombre de tumeurs. De plus, grâce à la recherche, nous comprenons de plus en plus de mécanismes impliqués dans l’apparition des cancers, ce qui permet petit à petit de mieux prévenir et de mieux traiter ces pathologies.

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